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Affirmation de soi : comment prendre sa place sans devenir quelqu’un d’autre ?

il y a 1 jour
9 min de lecture

Le point de vue de Jean-Noël SOLLIER, kinésiologue et coach mental à Lyon, sur l'affirmation de soi et les leviers pour prendre sa place.

Et si l’affirmation de soi ne consistait pas à devenir quelqu’un d’autre, mais simplement à s’autoriser à être pleinement soi-même ?


Vous êtes compétent(e), sérieux(se), fiable.

Vous aimez le travail bien fait, vous êtes impliqué(e) et vous préférez souvent laisser vos résultats parler pour vous plutôt que de vous mettre en avant ?

Ce sont de belles qualités.

Pourtant, un constat peut finir par s’imposer : la compétence et le sérieux ne suffisent pas toujours pour obtenir la reconnaissance, les responsabilités ou les opportunités que vous espérez.


Pourquoi ?

Et surtout, comment développer votre assertivité sans renoncer à ce qui fait de vous ce que vous êtes ?


Être compétent ne suffit pas pour être reconnu


Dans le monde professionnel, ou plus globalement dans tout groupe d'individus, la valeur d’une personne ne repose pas uniquement sur ce qu’elle sait faire.

Elle dépend aussi de sa capacité à exprimer ses idées, faire connaître ses contributions, défendre ses intérêts, prendre part aux décisions et saisir les opportunités qui se présentent.


Cela ne signifie évidemment pas que les personnes les plus visibles sont les plus compétentes. Ni que la réussite dépend uniquement de la capacité à « se vendre ».


Les compétences, les résultats, le contexte, les relations professionnelles et les opportunités disponibles jouent, bien entendu, un rôle.


Mais une chose mérite d’être soulignée : faire du bon travail et rendre visible la valeur de ce travail sont deux compétences différentes.


Une personne peut être excellente dans son domaine et pourtant rester en retrait lors d’une réunion.

Elle peut avoir les compétences nécessaires pour évoluer, mais ne pas exprimer suffisamment clairement son envie de prendre davantage de responsabilités.

Elle peut avoir une idée pertinente, mais attendre que quelqu’un d’autre la formule.

Elle peut accomplir beaucoup, aider, résoudre des problèmes… sans réellement parler de sa contribution.


La recherche sur les comportements de présentation de soi montre d’ailleurs que la manière dont une personne expose son expérience, ses compétences ou ses réalisations peut influencer la perception que les autres ont d’elle, notamment dans certains contextes professionnels.


Cela ne signifie pas qu’il faut apprendre à se mettre artificiellement en avant.

Cela montre simplement que la valeur que vous apportez et la manière dont elle est perçue ne sont pas exactement la même chose.


C’est là que l’affirmation de soi entre en jeu.


Qu’est-ce que l’affirmation de soi ?


L’affirmation de soi est parfois confondue avec le fait d’être sûr de soi, extraverti ou particulièrement à l’aise pour s'exprimer.

Ce n’est pas nécessairement le cas.

S’affirmer, ce n’est pas parler plus fort que les autres. Ce n’est pas chercher à avoir raison. Ni imposer ses opinions, se mettre systématiquement en avant ou devenir plus dominant.


C’est pouvoir exprimer clairement ses pensées, ses besoins, ses limites, ses désaccords ou ses souhaits, tout en respectant les autres.


L’affirmation de soi peut donc prendre des formes très différentes :

  • donner son avis, même lorsqu’il n’est pas encore parfaitement formulé

  • exprimer un désaccord sans entrer dans un rapport de force

  • demander quelque chose dont on a besoin

  • dire non lorsqu’on ne peut ou ne souhaite pas accepter une demande

  • parler de ses résultats sans avoir l’impression de se vanter

  • demander une évolution ou davantage de responsabilités

  • poser une limite lorsque cela devient nécessaire

  • accepter que son point de vue ne fasse pas toujours l’unanimité


L’affirmation de soi n’est donc pas l’opposé de l’humilité.

Elle permet simplement de ne plus confondre humilité et effacement.


Quand mes belles qualités deviennent parfois mes limites


Le sérieux, la fiabilité, l’expertise, la gentillesse ou l’humilité sont des qualités précieuses.

Mais une qualité peut devenir limitante lorsqu’elle conduit à adopter certains comportements pour éviter une situation inconfortable.


Par exemple :

« Je préfère attendre d’être 100% prêt avant de proposer mon idée »
« Je ne veux pas donner l’impression de me mettre en avant »
« Je vais accepter, même si ça ne m’arrange pas »
« Je vais encore faire mes preuves avant de me positionner »
« Mon travail est bon, on finira bien par le remarquer »

Pris isolément, ces raisonnements peuvent sembler parfaitement légitimes.

Mais lorsqu’ils se répètent, ils peuvent conduire à un fonctionnement dans lequel une personne travaille beaucoup, apporte beaucoup… mais prend peu de place là où se prennent les décisions.


Pendant ce temps, d’autres personnes peuvent être davantage identifiées comme capables de prendre des initiatives, de porter un projet ou d’assumer des responsabilités.

Ce n’est pas nécessairement parce qu’elles sont plus compétentes.

Elles peuvent simplement être plus à l’aise pour faire connaître leur valeur, exprimer leurs ambitions ou défendre leurs intérêts.


Une étude (Moturu & Lent ; 2023) menée auprès de 511 salariés a analysé le lien entre le sentiment d’efficacité à s’affirmer dans le monde professionnel et différents comportements d’auto-défense ou de prise d’initiative au travail.

Les auteurs ont montré notamment que l’affirmation de soi au travail s’inscrit dans un ensemble plus large de comportements d’autonomie et de gestion de carrière.


Pourquoi c'est parfois si difficile de s’affirmer ?


C’est probablement là que les choses deviennent encore plus intéressantes.

En effet, certaines personnes savent parfaitement ce qu’elles devraient faire (prendre la parole, poser une limite, demander une évolution,...).


Elles savent même parfois exactement quelle phrase elles auraient aimé prononcer.


Pourtant, au moment d’agir, quelque chose les retient. Elles repoussent, minimisent, se taisent, acceptent, ou se persuadent que ce n’est pas le bon moment.


Ce décalage entre ce que l’on souhaite faire et ce que l’on fait réellement n’est pas nécessairement une question de volonté.


Nos comportements sont influencés inconsciemment par nos expériences passées, notre environnement, nos attentes, nos croyances et les habitudes que nous avons développées au fil du temps.


Des travaux sur les habitudes montrent notamment que la répétition d’un comportement dans des contextes similaires peut progressivement favoriser son automatisation (Wood & Rünger ; 2016). Dans certaines situations, un comportement habituel peut alors être déclenché avec relativement peu de réflexion consciente.


C’est une piste intéressante pour comprendre certains mécanismes liés à l’affirmation de soi.


Une personne qui a inconsciemment ancré un schéma d'évitement du conflit peut, par exemple, avoir développé le réflexe de temporiser ou de céder lorsqu’un désaccord apparaît.

Une autre peut avoir pris l’habitude d’attendre d’être irréprochable avant de prendre la parole.

Une troisième peut associer le fait de parler de ses réussites à quelque chose de négatif : prétention, arrogance ou manque d’humilité.


Ces réponses peuvent être automatiques, mais cela ne signifie pas qu'elles sont immuables.


Mais cela explique pourquoi le simple fait de comprendre intellectuellement ce qu’il faudrait faire ne suffit pas toujours à modifier un comportement.


« Je sais que je devrais m’affirmer davantage… mais je n’y arrive pas »


Ce point est fondamental. On peut connaître toutes les techniques d’affirmation de soi et continuer à avoir du mal à les utiliser.


Savoir dire non, formuler une demande, présenter ses réussites, répondre à une critique, prendre la parole avec assurance,... tout cela peut s’apprendre.


Mais lorsque la situation déclenche dans notre inconscient une peur du jugement, une crainte du conflit ou un réflexe d’effacement, connaître la « bonne technique » peut ne pas suffire.


C’est aussi pour cette raison que l’affirmation de soi peut se développer progressivement, par l’apprentissage et la pratique.


Une étude (Omura et al. ; 2017) montre que des programmes structurés d’entraînement à la communication assertive peuvent améliorer certains comportements d’affirmation et de prise de parole, notamment lorsqu’ils comportent de la pratique ou des mises en situation.


Une méta-analyse (Lee et al. ; 2023), portant sur 11 études et 1 299 participants dans le domaine des soins infirmiers, a par ailleurs observé une amélioration des comportements de prise de parole chez les personnes ayant bénéficié d’un entraînement à la communication.

Il convient toutefois de rester prudent. Comprendre est une première étape. Expérimenter de nouvelles façons d’agir en est une autre.


Affirmation de soi : quelques pistes pour commencer


Il n’est pas nécessaire de tout changer.

Vous pouvez commencer par de petits ajustements quotidiens.


1. Exprimez davantage votre point de vue

Lors d’une réunion, au lieu de laisser passer votre idée parce qu’elle n’est pas encore parfaite, essayez simplement ceci :

« J’ai une autre lecture de la situation. Je vous la partage, même si elle mérite peut-être d’être approfondie »

L’objectif n’est pas d’avoir raison, mais de vous entraîner à occuper votre place dans l’échange.


2. Créez un espace entre la demande et votre réponse

Si vous avez tendance à accepter automatiquement, ne cherchez pas nécessairement à apprendre immédiatement à dire non.

Commencez par prendre l'habitude ne pas répondre tout de suite.

« Je vais regarder ce que ça implique et je te réponds »

Cette simple phrase peut créer suffisamment de recul pour que votre réponse corresponde davantage à ce que vous souhaitez réellement.


3. Rendez votre contribution visible

Parler de votre travail n'est pas vous vanter.

Vous pouvez simplement présenter les résultats obtenus, les problèmes résolus, les compétences mobilisées ou la valeur apportée à un projet.

Votre environnement professionnel ne peut pas toujours deviner ce que vous faites.

La visibilité n’est pas l’ennemie de l’humilité.


4. Observez vos automatismes

Après une situation dans laquelle vous n’avez pas osé vous positionner, posez-vous trois questions :

Qu’aurais-je aimé dire ou demander ?

Qu’est-ce qui m’en a empêché ?

Qu’est-ce que je craignais qu’il se passe si je le faisais ?


Cette dernière question est particulièrement intéressante.

Car derrière un « Je n’ose pas » se cache parfois une supposition : « On va me trouver prétentieux / mal le prendre / être déçu / pensé que je ne suis pas à la hauteur ».

Identifier vos anticipations permet déjà de commencer à distinguer ce qui est réellement en train de se passer de ce que vous imaginez qu’il pourrait se passer.


Quand les conseils ne suffisent pas


Il arrive qu’une personne sache parfaitement ce qu’elle devrait faire, qu’elle essaie même de changer, mais qu’elle retrouve régulièrement les mêmes difficultés.

Elle se promet de dire non, puis elle accepte.

Elle décide de prendre davantage la parole, mais elle se tait.

Elle souhaite demander une évolution, et finalement trouve une raison d’attendre encore.


Dans ce cas, il peut être intéressant d’aller au-delà des seuls comportements visibles et d’explorer les mécanismes qui entretiennent ces réactions : les croyances, les apprentissages, les habitudes comportementales, les réactions émotionnelles et les expériences qui ont contribué à les construire.


Il ne s’agit pas, pour autant, de rechercher systématiquement un événement passé ou un « blocage caché ».

Un comportement peut devenir automatique simplement parce qu’il a été répété et renforcé au fil du temps.

L’enjeu est alors de retrouver progressivement davantage de liberté dans sa manière de réagir.


Développer son affirmation de soi sans devenir quelqu’un d’autre


C’est un point essentiel : le sujet n'est pas de changer votre personnalité.


L’objectif est plutôt de pouvoir choisir en conscience la manière dont vous souhaitez agir.

Rester discret lorsque c’est pertinent.

Pouvoir parler naturellement lorsque c’est important.

Être généreux sans vous oublier.

Être humble sans minimiser votre valeur.

Accepter une critique sans remettre systématiquement en question votre légitimité.

Dire non sans culpabiliser.

Demander sans avoir l’impression de déranger.

Saisir une opportunité lorsqu’elle se présente.


Autrement dit : retrouver suffisamment de liberté pour que vos habitudes, vos peurs ou votre besoin de plaire, ou de ne pas décevoir, ne vous freinent plus inconsciemment.


Prendre sa place sans prendre celle des autres


C’est peut-être finalement la distinction la plus importante lorsqu’on parle d’affirmation de soi.

Prendre sa place ne consiste pas à prendre plus de place que les autres.


Il s’agit de prendre sa juste place.

Celle qui correspond à vos compétences, à vos aspirations, à vos responsabilités et à ce que vous souhaitez réellement apporter.


Vous pouvez être sérieux(se), fiable, humble et respectueux(se), tout en ne restant plus sous les radars.

Vous pouvez préserver votre capacité d'écoute, tout en exprimant davantage votre propre point de vue.

Vous pouvez rester parfaitement bienveillant(e), tout en posant vos limites.

Vous pouvez ne pas aimer vous mettre en avant, tout en sachant faire connaître votre valeur.


L’affirmation de soi, ce n’est pas devenir quelqu’un d’autre.

C’est simplement une invitation à ne plus vous empêcher d’être pleinement vous-même.


L’affirmation de soi ne garantit ni la reconnaissance, ni la réussite, ni l’absence de conflit.

Mais elle peut vous permettre de ne plus laisser systématiquement la peur du jugement, le besoin de plaire ou l’habitude de vous effacer guider votre évolution personnelle et/ou professionnelle.


Le point de vue de Jean-Noël SOLLIER, kinésiologue et coach mental à Lyon, sur l'affirmation de soi et les leviers pour prendre sa place.

Si vous souhaitez aller plus loin, et apprendre naturellement à prendre votre place, je suis Jean-Noël Sollier et je vous accompagne à Lyon notamment, pour corriger en douceur les causes racines de vos freins éventuels.



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